Christiane Singer – Seul ce qui brûle

Etonnant, ce roman. Christiane Singer arrive, au départ d’une nouvelle qui l’a touchée dans sa jeunesse, à livrer sa version qui touche à l’universel.

Le refus acharné qu’oppose en nous le connu à l’inconnu le familier à l’inexploré, oblige en somme le destin à user de violence envers nous.

Pour le fœtus dans le ventre de sa mère, la fin du monde se nomme naissance. Et n’appelons-nous pas « papillon » l’anéantissement de la chenille ?

Toute vie est un drame cosmique qui ne se finit, somme toute, pas si mal.

Oui – et quelle fut la nature de cette vérité que ma sortie de l’enfer me révéla ?

Une sorte de miracle : j’ai soudain vu.

Ma vision factice et convenue des choses s’est fissurée. Et j’ai vu. Au début ces états ne faisaient que cligner ; plus tard ils se sont quelques fois stabilisés un long temps dont je ne serais pas en mesure de dire combien il durait.

De peur de passer pour dément, je me suis gardé d’en parler à quiconque. Mais la vérité est à l’inverse : je suis sorti du monde qu’hallucine mon époque pour rejoindre une réalité sans temps et sans lieu. En cette réalité – mes yeux se brouillent de larmes en l’écrivant – est une prodigieuse coulée de lumière, un magma phosphorescent qu’irisent toutes les nuances du plus sombre au plus lumineux. Jamais je n’avais vu pareille coulée de magenta, pareille lie-de-prune virant à l’améthyste, pareil flux ininterrompu de mauves, d’indigos et de bleus…

Je l’ai vu comme je vois maintenant par la fenêtre ouverte descendre le soir. J’ai vu que la matière n’était que lumière et vibration – et puis-je oser vous le dire? – Amour, pur Amour, Amour incommensurable !

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